[DANS UN MONDE AUX RESSOURCES FINIES, LA FIN NE JUSTIFIE PAS TOUJOURS LES MOYENS. N°01]
« On nous dit le bonheur c’est le progrès, faites un pas en avant. Et c’est le progrès, mais ce n’est jamais le bonheur. Alors si on faisait un pas de côté ? Si on essayait autre chose ? » – L’An 01, film de Gébé et Jacques Doillon, 1972.
1972, la même année que la publication des « Limits of Growth » des Meadows, à l’occasion du Club de Rome. Cela fait 50 ans que nous avons couché sur le papier de façon assez significative la nécessité de faire autrement.
Alors pourquoi 50 ans plus tard sommes-nous à peu de choses près, au même stade ?
Cette série d’articles ne propose pas de refaire l’historique et de critiquer ce qui a été mis en place jusque là, mais plutôt de vous proposer matière à réfléchir, matière à questionner pour essayer d’obtenir des résultats plus concrets. Pour cela, je vais tâcher d’aller du côté des questions que nous nous posons et que nous continuons assez fréquemment à proposer à nos collègues, à nos ami·e·s, à notre entourage pour leur partager nos ambitions sur le plan environnemental. Pour ne pas vous faire patienter plus que cela, mais garder votre énergie pour la suite, voici la mèche : notre rapport à l’environnement et notre inscription dans un monde fini ne doit être que la conséquence de notre changement de notre comportement et non sa raison. Pourquoi ? Parce que lorsque nous menons des travaux d’enquête, l’environnement n’est une raison de changer que pour très peu d’individus, dans le sens où ce n’est pas une priorité. Et le combat qui consiste à en faire une priorité ressemble parfois à un combat pour ne pas avoir à entendre la réalité des gens, où d’autres priorités sont présentes.
Et si ce constat des autres priorités nous amenait à poser d’autres questions ?
Et nous permettait d’adopter d’autres méthodologies ? D’autres outils ? En bref, de nous équiper pour une variété de contextes, de situations, d’individus pour contextualiser les approches et faire en sorte de ne laisser personne sur le banc de touche, dans cette fabuleuse aventure communautaire qu’est la prise en considération de nos enjeux de société.
Ce qui pose problème : le « recettisme » et le « linéarisme ».
C’est tout le risque derrière une méthode : faire croire qu’elle marche à tous les coups. Le contexte, ça joue, ça a son importance et c’est l’écart aux conditions de réussite de la méthode « standard » qui épuise. Quand l’écosystème, les données et les équipes sont ou se sentent éloignées de ladite méthode miracle, on créé les conditions parfaites d’un immobilisme de taille. Sauf qu’il est là notre hic : les méthodes avec de l’intelligence embarquée, ça ne court pas les rues. Alors on connaît tous des domaines dans lesquels les recettes, ça marche (cf la cuisine). Mais c’est à titre exceptionnel, ce n’est pas la norme des méthodes. Et en matière d’impact environnemental, ça ne marche vraiment pas si souvent que ça… Le débat de la mobilité douce avec nos ami·e·s qui habitent en campagne et qui n’ont pas accès aux transports en commun n’est pas un débat. Mais qu’est-ce qu’on pourrait proposer comme question pour enfin parler pour avancer ?
Une norme que nous pourrions proposer : celle de la circulation.
Et si pour engager cette conversation, on tenait la promesse de ces allers-retours ? De prendre le temps de s’intéresser à l’autre ? De participer à l’émergence de ces conditions qui favorisent l’implication ? Et puis cette circulation, elle appelle à reconnaître le chemin faisant. Dans bon nombre de situations, on évalue la pertinence d’une initiative au chemin qu’elle a déjà parcouru, mais cela revient à valoriser une initiative qui n’a pas besoin d’accompagnement. Et à exclure toutes celles qui elles, en ont besoin. Pour faire le lien vers la citation du début de cet article, travaillons sur la possibilité de tout un chacun de faire « un pas de côté » et non de lister tout en imposant à moitié une liste à la Prévert de « pas de côté » à réaliser, quoi qu’il en coûte. Il me semble que c’est en travaillant à l’émergence de ces conditions que nous proposerons à notre citoyenneté de faire de la place et de trouver du plaisir à faire mieux avec moins. De pouvoir explorer, de se lancer à nouveau dans l’inconnu pour mieux nous rapprocher d’une société de convivialité qui évolue dans un monde fini.
L’art de problématiser, autrement dit, d’avoir un bon problème.
Mais c’est quoi, un bon problème ? C’est une question. Une réponse à un problème n’est pas le « problème ». Et c’est une nuance sur laquelle nous allons pouvoir nous attarder puisque le problème sous-entend d’en espérer plusieurs manières de le résoudre. De pouvoir rentrer dans cette danse, de peser le pour et le contre pour choisir comment y répondre. S’il y n’a pas d’alternative, sur le plan environnemental, alors que nos méthodes de qualification sont essentiellement des modes comparatives, ça pose souci. Et dans un monde aux ressources finies, il nous faut pouvoir nous prononcer sur la nécessité de répondre à un problème existant. Avec des mots simples :
Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?
Et de quel jeu parle-t-on ? De quelle chandelle ? Et c’est là qu’apparaît la cerise sur le gâteau. Pour le découvrir, il va falloir rentrer dans cette circulation, dans ces allers-retours avec l’écosystème qui gravite autour du problème… Et peut-être, avec un peu de chance, que nous pourrons distinguer la fin des moyens et partir explorer un monde de solutions qui prennent en considération nos enjeux de société. Dans les prochains articles, je vous parle de posture, d’enquête, d’outils, de regards de conception. Et plus globalement, de l’articulation entre design, environnement et analyse de la valeur ! A bientôt !
